Bouillabaisse culturelle
Analyse passion
Marseille est sous la neige et Remy Jhorne nous écrit
- > Par Remy Jhorne
Un club est-il représentatif de ses supporter ou bien est-ce l’inverse ? Le débat reste entier. En France, la ferveur est le propre de trois club : Saint-Etienne, le RC Lens et l’Olympique de Marseille. Vous êtes vous déjà demandé pourquoi un magrébin de Lyon est un arabe, une magrébin de Lille est un arabe. Alors qu’un magrébin à Marseille est un marseillais. Et cela grâce à une seule chose, le club de football.
Un club est-il représentatif de ses supporter ou bien est-ce l’inverse ? Le débat reste entier. En France, la ferveur est le propre de trois club : Saint-Etienne, le RC Lens et l’Olympique de Marseille. Vous êtes vous déjà demandé pourquoi un magrébin de Lyon est un arabe, une magrébin de Lille est un arabe. Alors qu’un magrébin à Marseille est un marseillais. Et cela grâce à une seule chose, le club de football.
Marseille a depuis sa création toujours été une ville pluriculturelle. Des l’antiquité elle fut la porte de l’Afrique. Au contraire de Nice, la bourgeoise, son port est une ouverture sur le monde. Fondée par des marins grecs, elle est le deuxième port de méditerranée. Mais n’oublions pas qu’elle est aussi l’insoumise, le roi n’a t’il pas fais construire des canons pointants sur la ville quand ceux-ci étaient sensés protéger les arrivées par la mer ?
Fort de sa spécificité, elle a su construire un club à son image : fiévreux fougueux et souvent pathétique. Une idole peut être faite et défaite en un match. Gunnar Andersson, un buteur suédois des années 50, ayant marqué 170 buts en championnat n’est-il pas mort de froid un soir d’Europe à quelques mètres du stade. Sa passion anisée l’avait plongé dans l’oubli.
Avant Andersson, la première idole s’appelait Larbi Ben Barek, la perle noire dont le roi pelé lui même reconnaîtra le génie. « Si je suis le roi du football Ben Barek en est le dieu ». A Marseille il n’y a pas de couleur de peau, on est bon ou pas.
La vraie spécificité de ce club ce sont ses virages. Contrairement à Paris, ou chaque tribune est représentative d’une idéologie, à Marseille, le virage nord est au gens du nord de la ville, il en est de même pour le sud. Par les chaleurs qu’il fait, on ne va pas s’amuser à faire le tour du stade en sortant du métro. Bien plus que de simples spectateurs, les groupes de supporters occupent une place de choix dans la vie du club. Chaque groupe gère ses abonnements, 9 en tout. Une manière détournée d’éviter les débordements que l’on connaît dans d’autres stades en Europe.
Que ce soit les yankkee, les ultra 84 ou autres, chaque groupe est chargé de faire régner la paix dans son coin. Et ça marche alors que j’aurais peur d’emmener mon fil au Parc des Princes, le Vélodrome est un lieu sur. On boit, on chante, on fume mais pendant 90 minutes on est tous ensemble sans distinction de race ou autres. Le club est devenu une entité. Pour paraphraser le président adoré à Marseille, le supporter et le « supporterisme » se transmet. Faire partie d'un club de supporter tiens plus de la grande famille non conventionnelle que du groupe de hooligan armés. Idiot sans nul doute, dangereux certainement pas. Il est le premier club européen à avoir un président de couleur.
Sans négliger les grandes équipes du passé lointain, la légende de ce club a pris son essor sous Bernard tapie et l’explosion de la retransmission de ce qui était encore la première division par Canal plus. Un classico crée de toute pièce, les meilleurs joueurs français de l'époque et une fin de cycle en apothéose avec une coupe des clubs champions. Les esprits perfides douteront de l'authenticité de l'exploit. Je dirais simplement que l'on n’achète pas le Milan de Berlusconi. Le rêve en marche le 26 mai 1993. L'Europe parle marseillais et la France s’enflamme pour la tête de Boli. Hormis les parisiens, le monde du football francais s'enthousiasme pour cette victoire.
Le complexe européen vaincu elle posera les bases d'un titre de champion du monde 5 ans plus tard (Barthez, Deschamps, Dessailly). Nous savons tous comment l'histoire finit, mais le plus important c'est que grâce a cela l'OM a gagné la place de club préféré des français et même plus. Il est aimé au Maghreb et dans les territoires d'Outre-Mer. Saoul à trois heures du matin à Barcelone, quand vous expliquez à un italien d'où vous venez, il risque de vous repondre.
- Si Marseille Basile Boli…
Quand vous l'êtes, ça vous colle à la peau. Même les gens qui n'aiment pas le foot font semblant de s'y intéresser. C'est une religion avec beaucoup moins de déviances. Et ça se transmet par filiation, par la famille, par les amis. On peut même aller au stade et aimer cela sans forcément aimer le foot.L'intérêt n'est pas que sur le terrain. Il y a toujours quelqu‘un à convertir. Moi qui vous parle j'ai deux petit gars à pervertir.
C'est pour cela que tant que le Monde tournera rond l'OM fera l'unité de la ville. Apres le sujet sportif est toujours discutable. Mais quand on voit le Zenit Saint Peterbourg où l'on ne veut pas de noir, la Lazio (no comment) et même le grand Real de Madrid, dont un kop de supporters arbore un banderole avec un aigle, on ne peut que se rejouir d'avoir un club en France qui transmet des valeurs essentielles à rendre les gens moins cons.
Une dernière anecdote pour la route. Habib Beye, capitaine au moment des faits se fait braquer sa caisse par deux personnes armées, eh bien un des deux voleurs va jusqu'au coffre, l'ouvre et lui jette son sac de sport avant de s'envoler. Différent on vous a dit.
* Remy Jhorne est supporter de l'Olympique de Marseille